Sur la route de Glasgow Musée des Verts Mardi 14 Avril 2026 à 14h50

L'Écosse, nous voilà !

L'épatante machine à remonter le temps nous ramène à une soirée pluvieuse dans le Haut Brabant néerlandais ouvrant les portes de la finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions à une formation stéphanoise admirable de maîtrise, technique et tactique, de pugnacité et d'expérience.

À l'instar d'un Cassius Clay, incomparable showman passé maître dans l'art consommé des punchlines, Kees Rijvers, à la veille de monter sur le ring, n'avait pas esquivé les réponses de la presse française. Un "jab" du droit. Un uppercut du gauche à la pointe du menton, le coach batave était prêt à baisser sa garde pour mieux piquer son rival, deux semaines après la manche aller. "Je ne montre aucun signe d'inquiétude. Demain, nous gagnerons aisément. Et si nous étions amenés à disputer une prolongation, nous prendrions alors sans problème le pas sur les champions de France au bord de l'effondrement. Nous venons de nous adjuger la Coupe des Pays-Bas. Nous sommes actuellement en plein boom. Tout comme Saint-Étienne, nous sommes l'équipe à battre, sinon à abattre. Mais j'ai confiance", avait clamé, haut et fort, l'ex-brillant feu follet des années 50 et 60. 


Un plan parfaitement orchestré

Or, les Verts l'auront dribblé, pris à son propre jeu. "Le football est aussi une affaire de stratégie. Nous avions bien étudié le jeu du PSV et bâti un plan solide afin de contrecarrer leurs desseins", notera, après coup, un immense Ivan Curkovic, auteur de parades entrées dans la mémoire collective d'un peuple vert sur son petit nuage. Au pays des "Oranjes", le PSV parut passablement pressé de faire la différence, confondant vitesse et précipitation. Pire, en proposant un jeu stéréotypé, so british, version kick and rush un rien réducteur, en cherchant systématiquement la tête de Ralf Edstrom, son avant-centre suédois, le PSV buta invariablement sur une défense ligérienne, souveraine dans les airs.


 Le Sphinx, en mélomane averti, avait parfaitement orchestré son plan de jeu. Ses joueurs, au diapason, jouèrent leur partition, sans fausse note. "Nous n'avons pas fait que résister. Nous sommes également sortis. Ces contres, cet allant offensif les ont surpris", estimera, dans les colonnes de "La Dépêche", Gérard Farison, retenu enfin chez les Bleus. "Pour tout dire, je n'y pensais plus guère. Cette sélection face à la Pologne (Jean-Michel Larqué et Christian Synaeghel furent également retenus tout comme Dominique Bathenay, Gérard Janvion, Christian Lopez, Dominique Rocheteau et Christian Sarramagna avec les Espoirs, opposés à l'URSS, ndlr)  constituera le couronnement de ma carrière."

 

Bien loin d'être dominés, acculés sur leur cage, les Verts jouèrent crânement les coups et plantèrent des banderilles. L'une d'entre-elles valut à Dominique Rocheteau, bien qu'amoindri en raison d'une tendinite, d'ouvrir la marque au retour des vestiaires. "Hervé (Revelli) m'a servi en retrait. Je me suis jeté pour devancer la sortie du gardien. L'arbitre a aussitôt désigné le rond central avant de se raviser, son juge de touche lui ayant signalé à tort une position de hors jeu. Ce but était bel et bien valable. (Jan) Van Beveren n'a à aucun moment protesté et l'a d'ailleurs reconnu à la fin du match."


La master class d'Ivan Curkovic

Les Verts accusèrent le coup. Cette action, si elle avait été validée, aurait en effet compté double en cas d'égalité. Et quasiment tué tout suspense. Le PSV continua donc de nourrir de légitimes ambitions en dépit de la sortie sur blessure de sa vigie aux avant-postes, Edstrom, son atout majeur avec les frangins Van De Kerkhof. Ils allongèrent. Comme un aveu d'impuissance face à des Stéphanois, admirables de solidarité, bien organisés, faisant preuve d'une remarquable maîtrise, d'imagination et finissant fort. Une fraîcheur sur laquelle Kees Rijvers n'aurait pas parié un florin.
 


Ivan Curkovic, modèle de rigueur et d'efficacité, se chargea du reste et d'éteindre les débuts d'incendie dans ses 18 mètres. Un ultime arrêt et l'ASSE validait son ticket pour Glasgow. "Il y a dix ans, j'ai assisté du banc de touche à la finale ayant opposé le Partizan au Real Madrid à Bruxelles (1-2). Ma patience se voit aujourd'hui récompensée. Et je vous jure que je tiens à fêter dignement cet anniversaire dans un mois face au Bayern." 


Christian Synaeghel : un exemple

Subjugué, l'un des envoyés spéciaux du "Dauphiné Libéré", sous le charme de cette équipe, de ce club auxquels on aimait à s'identifier, donna libre cours à sa plume : "Ce football d'abnégation qui frôle les chemins de l'héroïsme, c'est (Christian Synaeghel) qui nous l'a offert. Il est le symbole de la valeur accordée à ce groupe auquel chacun apporte sa pierre." En toute humilité, pour le bien commun et le plaisir inouï d'un peuple vert et fier.

KO debout mais grand seigneur, Kees Rijvers, encore groggy mais cependant lucide, reconnut la supériorité de l'ASSE "Saint-Étienne, qui a opéré posément, sans jamais s'affoler, méritait de parvenir en finale". La ceinture européenne face à l'ogre Bayern de Munich et ses trois finales consécutives tendait les bras aux Verts... Cap était dès lors mis sur l'Écosse et un rendez-vous mémorable, le 12 mai 1976. 


Mercredi 14 avril 1976

À Eindhoven (Philips Stadion), PSV Eindhoven et AS Saint-Étienne : 0-0.

Arbitre : Jack Taylor (Angleterre); 22 000 spectateurs.

PSV. Van Beveren (cap.) - Poortvliet, Krijgh, Van Kraay, Deykers - Stevens, Van Der Kuylen, W. Van De Kerkhof - R. Van De Kerkhof, Lubse (Dahlqvist, 73e), Edström (Deacy, 46e) . Entraîneur : Kees Rijvers.

ASSE. Curkovic - Janvion, Piazza, Lopez, Farison - Bathenay, Larqué (cap.), Synaeghel - Rocheteau (Sarramagna, 55e), H. Revelli, P. Revelli (Santini, 76e). Entraîneur : Robert Herbin.  


Les Verts, la bête noire du PSV et de Kees Rijvers

Si Kees Rijvers a glané de nombreux titres nationaux aux Pays-Bas, en revanche, il n'a pas connu la même réussite sur la scène continentale. La faute en incombe principalement... aux Verts.  Les Néerlandais ont en effet subi la loi des Stéphanois à trois reprises. En demi-finales de la Coupe d'Europe des Clubs de Champions 1976 (1-0, 0-0). Lors de l'exercice suivant, pour le compte des huitièmes de finale de "la Coupe aux grandes oreilles" et un scénario identique (1-0, 0-0), et enfin à l'occasion des seizièmes de finale de la Coupe de l'UEFA 1979 et un mémorable match retour dans le Chaudron : les Verts, battus aux Pays-Bas (2-0), renversant la table et effaçant leur handicap en trois minutes (3-0, 5e) avant faire voler en éclats le PSV (6-0).


Boury et Castaneda dans le groupe

Robert Herbin a décidé, au regard de blessures et d'incertitudes, d'étoffer son groupe. Deux nouvelles têtes font ainsi leur apparition. Hugues Boury, auteur trois jours auparavant d'un triplé avec la réserve, victorieuse de Villefranche-sur-Saône en Troisième Division (5-1), est ainsi retenu. Tout comme Jean Castaneda. Quelques mois auparavant, le portier stéphanois évoluait en III, avec la PH. Esad Dugalic, doublure attitré d'Ivan Curkovic, est victime d'une fracture du doigt à Montluçon. La direction du club songe alors à Jean Castaneda, un Stéphanois pur jus, alors en cours, et lui adresse un télégramme que lui remet le proviseur du lycée de la Métare : "Présentez-vous de toute urgence au siège de l'ASSE". Une première tout bonnement incroyable. "C'est un miracle, un conte de fée que je vis", confiera "Casta".


À son retour des Pays-Bas, le chef d'établissement lui accordera "quinze jours d'absence" afin de préparer la finale de Glasgow.   

El Gato (le chat, en français), fidèle parmi les fidèles, disputera 372 matches en Vert, deviendra international et prendra part à la Coupe du monde 1982 en Espagne, étant aligné face à la Pologne (2-3).


Un drame sur le tarmac

En tout, ce sont 2 à 3 000 supporters qui ont décidé de converger vers l'aéroport d'Andrézieux-Bouthéon afin d'accueillir leurs héros. Le dispositif de sécurité est rapidement débordé par cette liesse populaire. La foule se précipite sur le tarmac lorsque l'avion ramenant les Verts d'Eindhoven atterrit.

Si le pilote a bien coupé le moteur, en revanche les hélices continuent à tourner. Dans la pénombre, les fans tapent sur la carlingue et se rapprochent dangereusement des hélices. L'un d'entre-eux se fera hélas happer. Joseph Bernard, carrossier, âgé de 31 ans et père de trois enfants, venait de payer de sa vie sa passion pour l'ASSE. Les joueurs, profondément marqués par ce drame, décideront de verser une partie de leur prime de match à sa veuve.

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