#Rétro2020 Pros Dimanche 03 Janv. 2020 à 16h10

Vincent Duluc : "À Saint-Étienne, l'attachement est plus durable"

Le grand reporter de L'Equipe, écrivain et Président du Conseil d’administration du Musée national du sport, explique ce qui différencie l'ASSE des autres clubs et décrit le lien si particulier qui l'unit à Saint-Étienne.

Au moment de notre appel, Vincent Duluc se remettait à peine de ne pas avoir pu assister à Everton-Manchester City puis Tottenham-Fulham, deux matches de Premier League reportés à cause de cas positifs au COVID-19. Grand reporter à L’Équipe depuis plus de deux décennies, il a aussi écrit plusieurs ouvrages de référence sur le football, dont "Un Printemps 76" (Éditions Stock, 2016.) qui raconte son adolescence passée à admirer les Verts au cœur des années 70. L’une des plus belles plumes du journalisme sportif est en fait un fanatique absolu de ballon rond. À tel point qu’il passe justement ses fins d’années en Angleterre, couvrant avec gourmandise le fameux Boxing Day britannique, et touchant ainsi du doigt sa plus vieille envie : du football, tout le temps, et (presque) tous les jours.


Le 8 décembre dernier, l’hebdomadaire France Football établissait le classement des villes où le football avait le plus d’importance. Un classement dominé par Saint-Étienne, où le lien entre les habitants et les footballeurs n’est plus à faire. Attaché aux identités sociales et historiques des clubs, Vincent Duluc, Président du Conseil d’administration du Musée national du sport, nous livre son regard sur l’attachement de la cité stéphanoise à son équipe.


Saint-Étienne, ville où le foot est le plus important en France. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Je pense qu’il faut déjà rétablir une vérité. On dit souvent des villes de foot qu’elles le sont car il n’y a rien d’autre à y faire. Et, bien entendu, c’est un énorme mensonge. Le lien entre une ville et son équipe naît de la culture profonde de l’identification. À Saint-Étienne, ce lien est historique. Il explique la proximité et l’identification entre les deux parties, deux choses qui ne sont jamais démenties. Si on se penche sur la période la plus glorieuse de l’ASSE, les années 70, on s’aperçoit que les classes populaires qui peuplaient alors la ville désiraient se reconnaître dans leur équipe. C’est ce qui a créé la légende : une équipe généreuse, avec du panache et qui rendait possible l’impossible. Pour les supporters, c’était aussi la fierté de voir le nom de Saint-Étienne rayonner alors que les mines s’apprêtaient à fermer et que le déclin économique menaçait. Les Stéphanois soutenaient les joueurs ; les joueurs soutenaient les Stéphanois. Chacun était là pour aider l’autre.


Pourquoi Saint-Étienne et pas une ville plus peuplée, plus riche ou plus connue ?

C’est difficile à dire car la comparaison est presque impossible. Marseille, où le club a également une grande importance, est une cité sudiste, volcanique, où les sentiments vont rapidement dans l’excès. Saint-Étienne est une ville plus froide climatiquement parlant, je m’en rends compte chaque fois que j’y viens pour un match en plein mois de février (rires) ! D’ailleurs, c’est aussi à cela qu’on voit l’attachement d’un stade à ses couleurs. Passer deux heures dans le froid les mains en l’air pour encourager les siens, ce n’est pas à la portée de tout le monde.


Vous parliez d’attachement. Comment survit-il aux soubresauts du sportif et des résultats ?

C’est justement tout l’intérêt d’avoir un public et des supporters aussi attachés à leur club. Les Stéphanois ne se désintéresseront jamais de l’ASSE. C’est impossible. Il y a parfois des bouderies, des matches avec moins de monde dans les tribunes, mais l’amour, lui, reste. C’est ce qui fait qu’il y ait déjà eu 40000 spectateurs pour un match de deuxième division face au Puy à Geoffroy-Guichard par exemple*. L’attachement est plus durable, plus ancré.


Didier Roustan nous parlait récemment d’un côté sud-américain à Saint-Étienne. Qu’en pensez-vous, vous le spécialiste du football anglais ?

Je pense effectivement qu’il y a quelque chose de très argentin dans les chants de Geoffroy-Guichard, notamment ceux qui durent dix ou quinze minutes de suite et qui rentrent dans la tête. Pour le reste, je trouve que Saint-Étienne est différente de la folie que l’on peut trouver dans les pays sud-américains. Il y a, et c’est très valorisant pour l’ASSE, un cousinage avec Liverpool. Mais pas uniquement parce que leur passé industriel rapproche les deux villes. Les grands anciens joueurs du LFC continuent de dire que le match face à Saint-Étienne fait partie des cinq plus belles ambiances qu’ils ont vécues. Bien après le double affrontement de 1977, les supporters de Liverpool continuaient de chanter Allez les Verts. Par rapport à l’Angleterre, la comparaison est en train de s’arrêter car les clubs anglais veulent tous devenir des marques mondiales. Et, forcément, ils s’éloignent de leurs origines.


L’ASSE a su rester fidèle à ce qu’elle incarne, c'est sa force


Comment y faire face ?

Il faut absolument que ce lien que nous décrivons perdure. Et qu’il ne perde pas dans la nouvelle économie qui oblige les grands clubs à privilégier les revenus. Quand on empêche la classe prolétaire de venir au stade, et ce au profit des classes plus fortunées, on se coupe d’un certain ADN. Et, in fine, on perd son identité. L’ASSE a su rester fidèle à ce qu’elle incarne, c'est sa force.


Même en période de COVID-19 ?

C’est toute la difficulté dans la période que nous traversons. Voir jouer Liverpool sans son public, c’est presque un crève-cœur. Le soutien populaire des tribunes, c’est ce qui permet de renverser la situation et donc de se surpasser. Ça peut également être à double tranchant. Car Geoffroy-Guichard peut faire trembler les jambes à plus d’un joueur s’il n’est pas en pleine confiance. Dans un sens comme dans l’autre, avec un Chaudron vide, l’ASSE y perd beaucoup.


* le 23 août 1985, les Verts reçoivent leurs voisins ponots à Geoffroy-Guichard devant 42584 spectateurs. Un record pour match de deuxième division.

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