Touchés, pas coulés...
L'épatante machine à remonter le temps nous ramène en Crimée, il y a pile 50 ans, le 3 mars 1976. Et un échec, qui n'aurait rien d'irréversible, face au prestigieux Dynamo Kiev et le Ballon d'or, Oleg Blokhine.
Après avoir passé avec succès l'obstacle Glasgow Rangers, Ivan Curkovic avait planté le décor. "Un long voyage, la neige, le froid, les pays de l'Est, tout ça, je connaissais trop bien. Aux plus jeunes - Félix Lacuesta et Jean-François Larios avaient accompagné le groupe - j'avais dit : 'On va vous laisser un peu ici en stage, d'accord ?'. Ils m'avaient regardé avec de grands yeux effrayés..."
Ivan le terrible n'ignorait rien en effet du contexte propre aux rencontres disputées au-delà du rideau de fer. De l'âpreté du combat proposé. De l'inconfort d'une préparation à tout le moins perturbée, pour utiliser un euphémisme. De la qualité toute relative d'une pelouse impropre à l'élaboration d'un football léché. Du confort spartiate de l'hôtel dans lequel était descendue la délégation stéphanoise, confinée, à l'isolement complet. Sans oublier le soutien inconditionnel de milliers de supporters exprimant avec ferveur leur amour pour le Dynamo et la mère-patrie. Et que dire du "concours" de réacteurs d'avion installés sur des camions projetant de l'air de chaud sur la couche de neige recouvrant la pelouse!...
Le Dynamo Kiev : du caviar sur la scène internationale
À priori, le portier yougoslave, relais privilégié de Robert Herbin sur le terrain, n'ignorait rien de cette armada redoutable, victorieuse en 1975 de la Coupe des Coupes aux dépens des Hongrois de Ferencvaros (3-0) et de la Super Coupe d'Europe face au Bayern, défait à deux reprises (1-0, 2-0). Ou tout du moins, l'imaginait-il. Car Valéri Lobanovski était un entraîneur d'exception à la tête d'un effectif d'exception. Dans son ouvrage intitulé : "Glasgow 1976, Le livre anniversaire des Verts", Denis Chaumier rapporte les propos du portier ligérien. "Ils ont déroulé leur jeu comme une équipe de basket avec des combinaisons travaillées en secret qu'ils connaissaient manifestement par cœur. Sauf que ce furent des combinaisons à onze, ça venait de partout !"
Un Dynamo en version Harlem Globe Trotters récitant ses gammes, ses systèmes à l'envi et avec talent et efficacité sur un véritable bourbier. Le Dynamo était bien l'épouvantail annoncé. "Pour la première fois, nous étions venus pour limiter les dégâts. Ce Dynamo nous paraissait invincible", poursuit Ivan Curkovic. L'ASSE, "qui avait opté pour un plan d'attente afin de ne pas se laisser dévorer", dixit le Sphinx, cédera à deux reprises. Sur une volée de Konkov, un cador qui forçait l'admiration de Jacques Santini et une frappe de l'incontournable Oleg Blokhine, Ballon d'or ci-devant.
Échec... et pas mat!
En mode tsé-tsé, les Russes, bien qu'ayant trouvé l'ouverture sur deux coups de pied arrêtés, avaient su endormir, temporiser avant de piquer, plaçant des accélérations soudaines et dévastatrices. "C'était de la haute stratégie. Un cocktail d'organisation, d'improvisation, de sérénité et de subtilité. Une étude, une approche du jeu poussées à l'extrême, comme aux échecs. Indéniablement, Boris (Spassky) a donné des idées de (Valéri) Lobanovski", constatait, admiratif, Jean-Michel Larqué dans les colonnes de La Dépêche.
Si Ivan le terrible avait réalisé des parades déterminantes, si Gérard Janvion et Gérard Farison, ce dernier touché mais robuste et dur au mal, tinrent leur rang, le Dynamo s'était donc offert une marge conséquente grâce à un savoir-faire tout bonnement remarquable (2-0). Mais nullement rédhibitoire. Les frères Revelli, dans l'avion du retour, voulaient y croire. "Il faudra qu'ils nous marchent sur le ventre", prophétisera Hervé quand son cadet promettait de "(se) battre jusqu'au bout, faudrait-il sortir sur un brancard..." Et le président Roger Rocher de conclure, avec optimisme : "Ce soir, ce ne fut ni la Bérézina, ni Austerlitz. Tout simplement Simféropol! Nous avons perdu une bataille, pas la guerre."
On sait ce qu'il advint lors d'un match retour de légende, le 17 mars dans un Chaudron incandescent.
Mercredi 3 mars 1976
À Simferopol, Dynamo Kiev bat AS Saint-Étienne : 2-0 (1-0).
Arbitre : Clive Thomas (Pays de Galles); 40 000 spectateurs.
Buts pour Kiev : Konkov (21e), Blokhine (54e).
Avertissement à Kiev : Matvienko (9e).
DYNAMO KIEV. Rudakov - Troshkin, Zvyagintsev, Fomenko, Matvienko - Buryak, Kolotov, Veremeyev - Onitchenko (Damine, 46e), Blokhine. Entraîneur : Valeri Lobanovski.
ASSE. Curkovic - Janvion (Repellini, 74e), Piazza, Lopez, Farison - Larqué, Bathenay, Synaeghel - Rocheteau, H. Revelli, P. Revelli (Schaer, 75e). Entraîneur : Robert Herbin.
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