Histoires de victoires Anciens Verts Mercredi 22 Juil. 2020 à 09h22

Jean-Michel Larqué : "Tout était réuni"

Capitaine en 1975, auteur d’un but sensationnel en finale face au RC Lens, l’ancien milieu de terrain revient sur une épopée de Coupe de France conclue par un match presque parfait face aux Nordistes.

LE CONTEXTE

En ce milieu des années 70, l’ASSE est l’épouvantail d’un championnat entier. Dominateurs, les Verts ne laissent que des miettes à leurs adversaires et les Stéphanois voguent de titre en titre. En ce 14 juin, ils affrontent le RC Lens de Daniel Leclerc, mythe parmi les mythes en Artois, qui mène à la baguette les Nordistes. Ces derniers ressemblent d’ailleurs étrangement aux Verts, faits de talent et d’abnégation, physiquement intraitables depuis l’arrivée aux manettes de Robert Herbin.


Tant et si bien que les Verts signent un quatrième doublé coupe-championnat, ce qui n’étonne guerre, pas encore, du moins. La progression du club est constante et s’applique à l’échelle européenne. Les Stéphanois viennent d’atteindre la demi-finale de Coupe d’Europe des Clubs Champions face au Bayern Munich (0-0 ; 0-2) et prennent rendez-vous avec les Bavarois, qu’ils retrouveront un an plus tard en finale de la même compétition.


Avec 400 matches et 100 buts à l’ASSE, Jean-Michel Larqué est l’un des pions essentiels de cette équipe stéphanoise. Le milieu de terrain est celui qui donne le ton aux Verts. Surtout, ce jour-là, il inscrit un but sensationnel : une reprise de volée façon ciseau qui termine sa trajectoire sous la barre du pauvre André Lannoy. Grand témoin de l’histoire entre l’ASSE et la Coupe de France, l’ancien joueur se souvient.


Quel est votre premier souvenir de la Coupe de France ?
Comme j’étais plutôt bon élève à l’école, mon père m’offrait chaque année un aller-retour à Colombes pour aller assister à la finale de la Coupe de France. J’ai vécu ma première finale à l’âge de 7 ans. À l’époque, c’était sur un week-end entier, avec plusieurs évènements comme la finale de la Coupe Gambardella, la Coupe de France des cadets et le concours du jeune footballeur, que j’ai disputé en 1964.


Concours qui vous a ouvert les portes de l’ASSE…

J’étais déjà extrêmement heureux d’avoir été sélectionné ! Puis le destin s’est en mêlé. J’ai passé les éliminatoires le samedi matin. Il fallait réaliser des ateliers techniques. Je m’étais entraîné avec mon papa durant des semaines. J’ai remporté le concours et j’ai été présenté au public lors de la mi-temps de la finale de Coupe de France. À ce moment-là, mon père, qui n’était pas du genre à montrer ses émotions et encore moins en public, a versé sa petite larme. Quelqu’un lui a tapé sur l’épaule et lui a dit : «vous connaissez le petit pour être ému de la sorte ? J’aimerais beaucoup le recruter». C’était Pierre Garonnaire. Mon père, qui d’un coup n’était plus ému, m’a dit : «je suis d’accord, mais tu dois d’abord finir tes études».


Quel souvenir gardez-vous de la Coupe de France 1968, remportée sans vous malgré que vous ayez participé au parcours vainqueur du club ?

J’avais joué la demi-finale contre Angoulême puis Albert Batteux m’avait dit que je ne jouerai pas la finale. À ce moment-là, Rachid Mekloufi était sur le départ et ce match pouvait être son dernier au club. Rachid était mon idole. Je le regardais jouer et je me disais : «je veux jouer comme lui !» Bien entendu, j’ai eu peur de ne jamais pouvoir rejouer de finale dans ma carrière mais laisser ma place à Rachid Mekloufi représentait un grand honneur.


Quelqu’un tape sur l’épaule de mon père et lui a dit : «vous connaissez le petit pour être ému de la sorte ? J’aimerais beaucoup le recruter». C’était Pierre Garonnaire


La suite de votre carrière allait vous réserver plusieurs finales, dont une première en 1970, remporté face au FC Nantes (5-0).

J’avais été élu meilleur joueur de cette rencontre, ce qui était déjà un magnifique cadeau. L’équipe de 1970 était sans doute la meilleure et elle avait dominé une équipe de la qualité du FC Nantes sur un score très large. C’est d’ailleurs une constante que je souligne dès qu’on m’interroge sur cette époque. Face à l’ASSE, toutes les autres équipes jouaient leur match de l’année. On était attendus de partout ! Je me souviens d’un match nul à Angers où les Angevins avaient fait un tour d’honneur à la fin de la rencontre… Accrocher les Verts était vécu comme un titre.


Cinq ans plus tard, en 1975, vous inscrivez un but fantastique face au RC Lens (2-0). Vous rappelez-vous de cette action ?
Complètement. «Jacquo» Santini décale «Doudou» Janvion sur la côté droit, qui me met un centre parfait à l’entrée des seize mètres, exactement là où se trouve l’arc de cercle. Ensuite, je tente le tout pour le tout. Je me couche, j’essaie de donner le plus de force au ballon. À ce moment-là, plein d’émotions surgissent. Les souvenirs de mon passé de jeune supporter derrière les grilles du stade de Colombes remontent. Je pense surtout qu’on a fait le plus difficile en menant de deux buts face à une équipe de Lens qui nous ressemblait d’ailleurs beaucoup. Osvaldo Piazza, qui avait marqué le premier but, me dit toujours : «j’ai marqué le but le plus important mais tout le monde l’a oublié parce que toi tu as mis le but de l’année !» (rires). Tout était réuni : je suis capitaine, je joue une finale, et j’inscris le plus beau but de ma carrière. Il y a des jours comme cela…



Cette saison la finale de Coupe de France verra s’opposer deux de vos anciens clubs, l’ASSE et le Paris Saint-Germain. Comment allez-vous vivre cette rencontre ?
Personne ne me fustigera si je dis que j’aurai un net penchant pour les Verts ! Je suis toujours du côté de l’outsider, car j’aime vivre des exploits, mais cette saison, ce sera d’autant plus le cas qu’il s’agira de l’ASSE. J’étais très ému en 2013 quand le club a remporté la Coupe de la Ligue. Je l’étais également l’année dernière au moment de la victoire en Gambardella. Et comme je ne suis jamais rassasié d’émotions, je suis prêt à en vivre d’autres avec les Verts.


L'objet du Musée des Verts

Cinquième Coupe de France remportée par l'AS Saint-Étienne dans sa longue et riche histoire, l'édition de 1975 restera à part, notamment pour le but de Jean-Michel Larqué et l'esprit de domination qui existait alors chez les Verts. La coupe est visible dans l'imposante Salle des Trophées du Musée des Verts.


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