Jacques Santini ou l'école du respect des valeurs et des consignes
À quelques semaines du Cinquantenaire de 76 et alors qu'il fête ses 74 ans aujourd'hui, rendez-vous est pris avec Jacques Santini ! Entre souvenirs et émotions, l'ancien Vert revient sur l'une des plus belles pages de sa carrière, teintée toutefois de larmes et d'une déception difficile à masquer !
D'un naturel réservé, d'humilité et de pudeur conjuguées, Jacques Santini s'extériorisait en revanche sur la pelouse. Sans pour autant chercher à briller, à tirer la couverture à lui, s'attachant à tout instant à apporter son écot à un collectif qui était la marque de fabrique des Verts. Leur ADN. Leur carburant. L'essence même de l'AS Saint-Étienne, ce club définitivement pas comme les autres dont, avec rigueur, application et puissance de feu, notamment sur coups de pied arrêtés, il défendit les couleurs douze saisons durant et dont il fut le coach de 1992 à 1994 avant d'en assurer la fonction de conseiller bénévole à la politique sportive en 2010.
Ces maudits et légendaires poteaux carrés...
À son corps défendant, bien évidemment, le Franc-Comtois, aux 324 matches et 50 buts en Vert, participa à la légende des poteaux carrés : après Dominique Bathenay, il vit en effet son coup de tête sur une merveille de centre de Christian Sarramagna s'écraser sur la transversale d'un Sepp Maier, scotché sur sa ligne. Le rêve absolu d'une carrière était passé. "Cette action, je l'ai revue des dizaines de fois. Ce mouvement, nous l'avions travaillé inlassablement lors des séances du mercredi. Passes courtes, passes longues, transversales et on finissait devant le but." Une action d'école, parfaitement huilée, un mélange d'instinct et de travail. "Quand "Sarra" a provoqué son vis-à-vis, je savais qu'il allait la mettre là. J'ai coupé au premier poteau. À peut-être dix centimètres près, mon placement était bon. Et à deux millimètres près, nous aurions ouvert le score." Et pris une option sur ce trophée prisé dont le Bayern, en souffrance mais faisant valoir son immense expérience, était le détenteur depuis 1974.
Des larmes, des regrets éternels mais aussi une fierté légitime. Celle d'avoir pris part à cette formidable épopée. De cette avant-dernière passe à destination de Patrick Revelli s'arrachant pour redresser la course du ballon et servir Dominique Rocheteau d'un centre en retrait parfait pour un troisième but de légende face au Dynamo Kiev (3-0, a.p, 17 mars 1976) à ce coup de tête échouant sur la barre transversale du portier munichois, champion du monde 1974.

"Dans la case des mauvais souvenirs mais que d'instants magnifiques!"
"Cette défaite, ce fut bien évidemment dur à gérer", poursuit Jacques Santini. Mais l'enfant de Fesches-le-Châtel biberonné au ballon rond par Jean, son père, un temps stagiaire à Sochaux, et ses deux oncles, dirigeants au sein du club doubiste, sut se relever. La résilience faisait en effet partie de la panoplie ô combien étoffée de ce joueur loué pour sa clairvoyance, son calme et son altruisme. "En août 1973, pour l'ouverture du championnat, nous avons joué au Vélodrome (0-2, buts de Gérard Farison et Jean-Michel Larqué). J'ai été victime d'une grosse faute de (Victor) Zvunka. Les ligaments du genou, le ménisque étaient touchés. Il m'a fallu une grosse année pour revenir. Il te faut alors du courage et te réfugier dans le travail. Faire montre de patience et pouvoir s'appuyer sur des amis. "Pierrot" (Repellini) fut d'un concours précieux. Il fut un peu mon chauffeur, mon homme à tout faire. Je lui en suis infiniment reconnaissant. Mais c'était à l'image du groupe. Nous n'étions pas que des coéquipiers. Nous étions avant tout des amis évoluant dans un club exceptionnel avec des hommes remarquables, Roger Rocher, Robert Herbin, Pierre Garonnaire bien évidemment mais également Charles Paret et Robert Philippe." Cette blessure, qui a forcément été un frein, ainsi que la finale de Glasgow sont à ranger dans la case "mauvais souvenirs". Mais on ne peut pas occulter tous les moments magnifiques, forts que nous avons partagés et vécus. Nous avons connu tant de satisfactions."

"Supporter des Verts"
Et cet attaquant reconverti milieu, aux quatre titres de champion de France et aux deux Coupes de France, sans oublier la "Gambardella" 1970 avec ses potes de toujours, d'ajouter : "On nous a inculqué l'amour du maillot, la discipline, les vertus du travail, le respect. Quand un pro te disait : "tu me casses les chaussures, tu me les cires, tu portes mon sac, on s'exécutait. Quand Roby (Herbin) donnait le groupe (réduit à 12, alors, ndlr), on ne pipait pas mot. Et sans état d'âme, on prenait le bus pour aller jouer en réserve à Pont-de-Chéruy ou à Brassac-les-Mines. On nous avait forgé une grosse mentalité."
Autre temps, autre mœurs. Mais l'amour pour l'ASSE demeure intact. "Je suis l'actualité du club. Je vais voir jouer le samedi après-midi mes deux petits-fils âgés de 18 et 16 ans - les enfants de Sébastien - à Feurs et je rentre chez moi pour regarder le match des Verts. Stéphane, qui a fait une belle carrière, réside lui aussi dans la Loire. Avec mes amis de 76, nous sommes invités par le club pour le match contre Amiens, le 9 mai. J'espère que nous aurons tous le sourire et que nous fêterons la remontée. Je croise les doigts forts", note l'ancien sélectionneur des Bleus de 2002 à 2004, demeuré fidèle à l'ASSE jusqu'en 1981, tout comme Christian (Lopez) et "Doudou" Janvion.
Acceptons-en l'heureux augure, celui d'un homme réservé peut-être mais assurément écouté, d'une grande sagesse, élevé à l'école du respect des valeurs et des consignes.
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