Histoires de victoires Anciens Verts Lundi 20 Juil. 2020 à 10h54

Hervé Revelli : "La mentalité d'une équipe gagnante"

Meilleur buteur de l’histoire de l’ASSE avec 274 buts, Hervé Revelli en a inscrit deux en 1970, lors de la mythique finale remportée 5-0 face au FC Nantes. Il décrit l’ambiance d’un vestiaire destiné à dominer, bien aidé par des joueurs déterminés à marquer de leur empreinte leur passage en Vert.

LE CONTEXTE

L’ASSE est en train de tout écraser sur son passage. À quelques jours de valider un quatrième titre de champions de France consécutif, les Stéphanois atomisent le FC Nantes lors de la finale de Coupe de France disputée à Colombes. L’ampleur du score, 5-0, est un record qui tient toujours. L’année 1970 est également hautement symbolique pour le club. Les jeunes remportent la Gambardella et plusieurs d’entre eux (Patrick Revelli, Christian Synaeghel, Jacques Santini, Christian Lopez, Alain Merchadier, Christian Sarramagna) seront au rendez-vous de Glasgow six ans plus tard.


À cette époque, Hervé Revelli est un pilier de l’équipe d’Albert Batteux. Le natif de Verdun, formé à l’ASSE, devient petit à petit un buteur hors-pair, bien aidé par ses deux collègues d’attaque que sont Salif Keita et Georges Bereta. Avec 28 buts en D1, il plane sur les défenses adverses, et punit le FC Nantes d’un doublé lors d’une finale dominée de la tête et des épaules. Mais, ce succès est avant tout collectif. En pleine force de l’âge, l’équipe stéphanoise est à ranger parmi les meilleures dans l’histoire du club. Les internationaux sont légions et tous peuvent se targuer d’être les meilleurs de France à leurs postes. Une époque dorée que nous raconte Hervé Revelli, l'un de nos six grands témoins de l'histoire entre l'ASSE et la Coupe de France.


Quels souvenir gardez-vous de cette finale ?

On garde toujours de très bons souvenirs d’une finale gagnée ! Le stade était plein, l’ambiance était à la fête. Une affiche entre l’ASSE et le FC Nantes, à cette époque, c’était une affiche rêvée. Les deux équipes jouaient pour gagner. Il n’y avait pas beaucoup de calculs de part et d’autre car eux comme nous étions sûrs de nos forces. De notre côté, on surfait sur la vague d’un quatrième titre de champions de France. On affichait une mentalité qui nous rendait difficile à battre.


Quelle genre de mentalité ?

Celle d’une équipe gagnante. Car, même si on surclasse Nantes en finale, on ne les avait pas battus en championnat (match nul 2-2 à Geoffroy-Guichard, défaite 2-3 à Marcel-Saupin). Ensemble, on s’est donné le challenge de bien jouer mais aussi et surtout de remporter des titres. Dans tous les contextes, on voulait se surpasser. Entre nous on se le répétait et on s’interdisait de perdre. L’exigence était très forte. C’est ce qui nous a permis de confirmer nos succès nationaux et d’asseoir notre supériorité sur les adversaires. Devant, on marquait beaucoup, mais derrière, on était solides. Au milieu, Robert Herbin et Aimé Jacquet… Quel duo ! Ils étaient inépuisables, ils me donnaient le tournis à ne jamais s’arrêter de courir. J’ai été le premier à profiter de tous les ballons qu’ils ont récupérés.


"Ensemble, on s’est donné le challenge de bien jouer mais aussi et surtout de remporter des titres. Dans tous les contextes, on voulait se surpasser"


Lors de la finale, vous jouiez aux côtés de Salif Keita et de Georges Bereta en attaque…

(Il coupe) En toute modestie, c’est peut-être l’attaque la plus complémentaire de l’histoire du club. Je n’oublie pas Patrick Parizon, qui n’avait même pas 20 ans au moment de la finale, et qui allait plus vite que tout le monde. Salif, c’était la classe à l’état pur, un joueur exceptionnel, gracieux mais également terriblement efficace. Et Georges, c’était la science du dribble, de l’élimination, un joueur génial au plus pur sens du terme. Il faut rajouter Rachid Mekloufi, qui était déjà parti du club, mais qui avait participé à la construction de l’équipe. Rachid, c’était… (Ému). Pour moi, c’était plus qu’un joueur.


C’est-à-dire ?
Il n’était pas un coéquipier mais un ami. Pour mon premier match, on se déplaçait à Paris pour affronter le Stade Français. Je n’étais pas convoqué, puis j’ai dû pallier à un forfait dans l’équipe. Pierre Garonnaire m’a alors fait voyager de nuit. À mon arrivée, Rachid m’a accueilli. Il m’a conseillé puis il a partagé son échauffement avec moi. Ça, c’est être un grand. Je ne l’ai jamais oublié.


L’année 1970, l’ASSE remporte également la Coupe Gambardella.

Cette année est un véritable tournant pour le club. À l’époque, les jeunes jouaient en lever de rideau avant notre match de championnat. On les voyait et on se disait : "on va avoir de la concurrence !". On ne s’est pas trompés car ils ont ensuite participé grandement aux succès des années suivantes. L’arrivée à la tête de l’équipe d’Albert Batteux, qui prenait la suite de Jean Snella, s’était déroulé en toute intelligence. Il était déjà venu voir des entraînements, Snella le conseillait. L’ASSE était en train de passer un cap.


Quel genre d’entraîneur était Albert Batteux ?

Comme tous les bons entraîneurs, il ne parlait jamais pour rien dire. Ses mots étaient toujours justes. Avec Snella, ils se ressemblaient beaucoup et, ensuite, Robert Herbin allait être dans la même veine. Pour eux, la meilleure équipe jouait tout le temps. Peu leur importait l’adversaire. Je me souviens de l’arrivée de Batteux. C’était un dimanche matin à Geoffroy-Guichard. On faisait tranquillement notre séance de récupération et Batteux s’est adressé à Snella : "Jean, que dois-je changer dans cette équipe ?" On s’est arrêté de courir et Snella a dit : "Rien. Si tout se passe bien, vous allez remporter des doublés". Il ne s’est pas trompé (rires) !  


L’objet du Musée des Verts

Pour la première fois de l’histoire, les Verts arboraient leurs noms sur les maillots et survêtements d’échauffement lors de cette finale. En dessous du logo du coqsportif, s’affiche ainsi les patronymes des Stéphanois, qui arborent un liseré bleu-blanc-rouge en honneur de leur statut de champion de France en titre. Même les sweats sont brodés, et sont d’ailleurs visibles au Musée des Verts.



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