Gérard Janvion : "Nous vivions avec le peuple"
Alors que le cinquantenaire de l’Épopée approche, le défenseur international français revient en longueur sur ses années stéphanoises et évoque avec émotion le lien indéfectible qui le lie à l’ASSE et à ses coéquipiers de l’époque.
Au bout du fil depuis sa Martinique natale, au lendemain des cinquante ans du quart de finale retour face au Dynamo Kiev, Gérard Janvion est en pleine forme. Il est alors cinq heures de moins sur son île, la matinée n’est pas encore terminée et l’homme aux 394 matches sous le maillot Vert a le sourire. « Je suis en face d’un magnifique paysage que j’observe depuis ma maison et on va parler de Saint-Étienne. Je ne peux qu’être heureux... ».
Il y a presque cinquante ans jour pour jour, les Verts éliminaient le Dynamo Kiev…
(Il souffle) Cinquante ans… Déjà cinquante ans, je dirais ! Le temps est passé tellement vite. C’est vrai que ce match a été déterminant dans notre parcours et dans l’histoire de cette équipe. Jouer Kiev n’était pas un cadeau. Surtout après un match aller difficile et deux buts de retard à remonter. Deux buts, ce n’était finalement pas cher payé au vu de notre prestation. Le Dynamo nous a laissés en vie.
La Martinique, c’est mon pays. Mais je me sens aussi Stéphanois. Et, quand je vois que même cinquante ans après les gens ne nous ont pas oublié, je me dis qu’on n’a pas trop mal réussi
Et vous, lors du match retour, vous aviez la lourde tâche d’être au marquage d’Oleg Blokhine…
Robert Herbin faisait souvent des marquages individuels en coupe d’Europe. Et là, c’était Blokhine, le Ballon d’or. Pierre Garronaire avait beaucoup observé Kiev et c’est lui qui a soumis cette idée. Roby m’a alors convoqué dans son bureau. Et quand il convoquait quelqu’un, ce n’était pas pour rien. Lorsqu’il m’a demandé de venir, j’ai compris que c’était pour ma pomme ! Il était gaucher, rapide, assez costaud dans les duels. Mais, comme je me le suis répété à l’époque, ce n’était pas le diable (rires) ! Je ne pensais pas au fait que c’était l’un, ou le meilleur joueur du monde. J’ai préparé ce duel tranquillement. En fait, j’étais déjà heureux de savoir que j’allais être titulaire.
Pourquoi aviez-vous régulièrement la tâche de marquer le meilleur attaquant adverse ? C’était le cas face à Blokhine, en quarts, mais aussi face à Uli Hoeness en finale.
Je n’ai jamais eu d’explication officielle de la part de Roby mais je pense que le fait que j’aie débuté en tant qu’attaquant a été déterminant. D’ailleurs, à Case Pilote, mon club en Martinique, je jouais également numéro dix. À mes débuts, j’étais naturellement attiré par l’attaque.
À l’ASSE également ?
Oui. Mais, rapidement après mon arrivée au club, j’ai souffert d’une pubalgie qui m’a handicapé pendant longtemps. J’ai même eu un arrachement osseux du bassin dont j’ai énormément souffert. Une fois guéri, Robert Philippe* a eu l’idée de me faire reculer pour ne pas trop m’exposer physiquement. Cette décision a tout changé dans ma carrière. D’ailleurs, Robert Philippe, je lui dois beaucoup. Il m’avait observé sur un match avec l’équipe réserve à Lyon. J’étais au marquage de Bernard Lacombe. Sur son rapport, j’avais vu qu’il avait écrit : « Janvion : ++ ». Je me suis dit que je m’en étais bien sorti.
Comment se déroulait votre vie stéphanoise à l’époque ?
J’ai toujours eu une vie assez simple. Je me souviens d’un appartement que j’occupais dans le centre-ville, rue de la Résistance, pas très loin du siège du club. Le capital sympathie était énorme envers nous. Nous ne nous cachions pas et nous vivions avec le peuple. Nous étions comme tous les autres Stéphanois et nous nous baladions sans problème en ville. D’ailleurs, je ne me souviens pas tellement d’être assailli de demandes d’autographes. Les gens venaient plutôt me voir pour m’encourager, me dire qu’ils seraient au stade le samedi et qu’ils seraient derrière nous. J’ai toujours senti qu’on se devait de respecter le maillot ne serait-ce que pour les remercier de leur soutien.
Aviez-vous vos habitudes dans le centre-ville ?
Oui, et nous restions souvent entre coéquipiers car on était vraiment une bande de copains. Le matin, c’était entraînement et l’après-midi, j’allais à l’Helder, un salon de thé qui se trouvait sur la place Dorian. Après nos matches, notamment à l’extérieur, nous allions dîner ensemble dans un restaurant qui s’appelait « Le P’tit Coq ». Les cuisines fermaient plus tard pour nous, certains d’entre nous passaient même derrière les fourneaux. Nos épouses nous rejoignaient. Et après, on savait qu’on ne pouvait pas trop faire de folies car, le lendemain, Roby nous attendait sur le terrain (rires).
Comment décririez-vous votre relation avec lui ?
Il était intransigeant avec nous tous, mais toujours dans l’optique de la performance. À mes débuts, je souffrais énormément lors de la séance des mardis. C’était la plus difficile à encaisser physiquement. Nous souffrions mais, une fois sur le terrain, nous voyions que nous étions mieux que l’adversaire. Il calibrait toujours la semaine plus ou moins de la même manière. Nous savions à quoi à quoi nous attendre. Je me souviens de Guy Drut**, pourtant un athlète de très haut niveau, qui avait eu du mal à suivre le rythme lorsqu’il était venu s’entraîner avec nous. Il m’avait même dit : « mais vous êtes des malades de courir autant ! » De mon côté, j’étais en mission : celle de réussir. J’avais quitté les miens pour devenir un joueur accompli. Je savais qu’il fallait que j’en passe par là.
Que vous évoque ce cinquantenaire de l’Épopée ?
Beaucoup de souvenirs et, au-delà même de ce parcours magnifique, me reviennent en mémoire toutes ces années passées à Saint-Étienne. J’y suis quand-même resté onze ans ! Et, on ne reste pas onze ans à un endroit sans l’aimer. De plus, j’ai une fille qui y est née. Comme je le lui dis souvent, elle sera toujours Stéphanoise. Et je suis toujours très heureux de revenir à Saint-Étienne comme ça sera le cas pour le cinquantenaire. La Martinique, c’est mon pays. Mais je me sens aussi Stéphanois. Et, quand je vois que même cinquante ans après les gens ne nous ont pas oublié, je me dis qu’on n’a pas trop mal réussi...
* Ancien gardien de but à l’ASSE (de 1958 à 1960 puis de 1962 à 1967), Robert Philippe a été le premier directeur du centre de formation du club. Grand éducateur, il participe à l’éclosion de la génération vainqueure de la Coupe Gambardella en 1970, qui sera le socle de l’équipe finaliste de la coupe d’Europe six ans plus tard.
** Champion olympique du 110m haies en 1976 à Montréal, deux fois détenteur du record du monde la discipline, Guy Drut avait été invité à participer à un entraînement avec Robert Herbin et ses hommes. La légende dit que, totalement éreinté, il jeta l’éponge au bout de quelques minutes.
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