Entretien Pros Mardi 19 Janv. 2021 à 17h08

Claude Puel : "Une situation ubuesque"

Confiné depuis son test positif au Covid-19, Claude Puel est revenu en visioconférence, ce mardi, sur la situation hors norme dans lequel s'est retrouvé son groupe, décimé par le absences, avant le déplacement à Strasbourg avant d'évoquer la préparation tout aussi particulière du Derby.

Comment allez-vous ?

Je suis un peu fatigué mais je n’ai pas de symptômes importants. J’ai effectué un nouveau test hier pour voir où j’en étais. Rester confiné n’est jamais évident mais il faut prendre en compte cette maladie et faire très attention. Je reste actif et toujours en relation avec mon staff qui est épaulé par Laurent Huard (responsable technique du Centre de formation), Aurélien Rémoué et et Jean-François Bedenik (préparateur physique et entraîneur des gardiens). C’est un peu particulier comme mode de fonctionnement.


Comment avez-vous vécu le match face à Strasbourg dimanche dernier ?

Par procuration. J’étais en contact avec le staff sur place pour initier les changements et donner le discours à tenir mais il y avait un décalage de 45 secondes entre ce j’entendais et ce que je voyais. C’était très particulier d’être en direct sans avoir les images en temps réel. Quoi qu’il en soit, je tiens à féliciter les joueurs, le staff et le club dans la manière de gérer sportivement et médiatiquement la situation. Tout le monde a gardé le cap et quand on voit le match, la motivation et l’investissement de tous, c’est magnifique et superbe malgré cette situation ubuesque qui nous a très fortement pénalisés.


Pouvez-vous revenir sur le déroulement de cette semaine particulière ?

Nous avons eu plusieurs cas de Covid-19 à déplorer. Des séries de tests ont été réalisés tout au long de la semaine. Régulièrement, de nouveaux cas apparaissaient. On a même dû annuler la conférence de presse prévue le vendredi car la situation était exceptionnelle et exponentielle. On était dans l'incertitude. Il fallait trouver des solutions et s’adapter sans cesse. J'ai moi-même été déclaré positif le samedi, ce qui a compliqué les échanges. Bien évidemment, nous avons informé les autorités, le médecin de la FFF référent et l’Agence Régionale de Santé. Tout le monde était au courant de notre situation : un cluster de 10 joueurs et les 8 membres du staff contaminés, soit 18 personnes. La situation était grotesque. Il ne s’agissait plus de football, il fallait jouer coûte que coûte. C’était ubuesque, on a même reçu un appel de notre adversaire pour nous intimer de respecter le règlement.


Tout le monde a été extraordinaire dans sa manière de gérer cette situation sur le terrain et en coulisses.

L’équité n’a pas été respectée selon vous ?

Je ne le pense pas. Dès le début de saison, j’avais dit que se poserait ce genre de problèmes entre les équipes car il n’y a pas de mansuétude entre clubs, tout le monde est dans la compétition. Mais la semaine dernière, il n’était pas question de s’apitoyer sur notre sort. Stigmatiser cette situation n’était pas la bonne manière d’accompagner la jeune équipe qui allait jouer contre Strasbourg. On a dû prendre toutes ces considérations en compte. Les joueurs, le staff et le club ont dû s’adapter d’heure en heure. On a été jusqu’au bout pour respecter le règlement et gérer cette situation complètement dingue. Tout le monde a été extraordinaire dans sa manière d'aborder cette situation, sur le terrain et en coulisses.


Comment expliquer l’apparition de ce foyer de contamination au sein du club ?

C’est difficile à dire. Avant même le début du championnat et l’instauration du protocole sanitaire, l’ASSE a été précurseur dans la mise en place de mesures. On a été très vigilants, on a anticipé mais on ne peut pas savoir d’où provient la première contamination. On peut attraper ce virus en faisant les courses, en touchant des objets, en croisant une personne… C’est tellement aléatoire qu’on ne peut pas se prononcer. Si un ou deux éléments ont été au contact du virus, tout peut aller très vite.


Comment allez-vous organiser la préparation du Derby dans ces conditions ?

Quand un joueur est positif, il est doit rester isolé chez lui pendant sept jours. Après cet isolement, il peut reprendre une activité physique individuelle de sept jours également conditionnée par un test d’effort pour contrôler son état cardiaque. A partir de là, on doit donc y aller progressivement et proposer un programme à la carte à chaque joueur. Une fois ces deux périodes de sept jours passés, il peut reprendre l’entraînement collectif et être disponible pour une convocation.


A distance, comment pouvez-vous préparer votre groupe ?

Je vais suivre cette semaine comme j’ai suivi le match à Strasbourg. Même cloitré, en isolement, je suis en connexion continue avec mon staff et les dirigeants du club pour donner les meilleures réponses. Les échanges sont constants notamment sur la programmation, le contenu et le débriefing des séances. C’est un casse-tête quotidien mais il faut s’adapter.


On ne peut pas souhaiter que d’autres joueurs tombent malades simplement pour qu’on puisse reporter le Derby mais on est au cœur de la problématique. On impose aux clubs de disputer les matches à tout prix...


Sur le mercato aussi ?

Il faut mettre en corrélation la volonté de recruter et les possibilités réelles de le faire. Je ne sais pas si on aura la possibilité de recruter un élément intéressant en raison de finances que nous savons très difficiles mais on se veut actifs. Le recrutement dépendra des données économiques et de l’apport qu’est capable de fournir l’éventuelle recrue. C’est pour ça que je me concentre avant tout sur mon effectif. L’essentiel est d’abord de récupérer un effectif sain pour disputer nos prochains matches.


Songez-vous à demander un report du Derby ?

Il ne s’agit pas de demander de dérogation. On a fait des démarches avant le match contre Strasbourg en prévenant toutes les autorités mais partout, on nous a intimés de jouer le match. À partir du moment où il y a un gardien disponible et qu’on ne dépasse pas les dix cas de Covid chez les joueurs, le règlement est explicite : on est obligés de jouer. C’était le cas contre Strasbourg, ça sera le cas contre Lyon malgré les six joueurs qui seront toujours indisponibles et quatre autres qui seront en manque d’entraînement car leur reprise collective aura eu lieu la veille ou le jour du match. Ajoutez à cela un staff professionnel réduit qui retrouvera progressivement le Centre sportif Robert-Herbin au cours de la semaine, c’est une préparation complètement dingue qu'on a commencée pour un Derby qu’on sera forcés de jouer. On ne peut pas souhaiter que d’autres joueurs tombent malades simplement pour qu’on puisse reporter le Derby mais on est au cœur de la problématique. On impose aux clubs de disputer les matches à tout prix, de jouer un championnat pour garantir des revenus économiques au football alors que le diffuseur principal Médiapro s’est retiré. Je pose la question : est-ce que c’est souhaitable ou viable ? Faut-il fermer les yeux sur l’aspect sanitaire, sur la prévention ?


Dans quel état d’esprit le staff et les joueurs sont-ils à l’approche du Derby ?

Quand je regarde le contenu de nos dix derniers matches, je constate que, malgré les aléas, on réalise des prestations de très bonne facture mais qu’on n’est pas récompensés au niveau comptable. On ne calcule pas, on est entreprenants, on donne tout. On progresse et on franchit des paliers. Alors actuellement, le staff confiné chez lui piaffe d’impatience et il en est de même pour les joueurs. C’est aussi le cas de ceux qui ne sont pas touchés par le virus. Ils ont envie d’en découdre. Certes, on connaît une vague mais il est hors de question de larmoyer sur la situation. On dénonce les faits mais, quelle que soit l’équipe alignée, notre motivation sera décuplée. On sera bien présents et on aura les bonnes réponses sur le terrain. L’avantage d’avoir de jeunes joueurs qui ont grandi à l’ASSE c’est qu'ils savent que ce que représente un Derby.

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